Bitcoin : les questions-réponses
Les questions que l'on se pose vraiment, y compris celles qu'on n'ose pas poser, et toutes celles d'une entreprise : comptabilité, impôt, audit, prestataires. Des réponses courtes, sans jargon et sans promesse.
Réponses vérifiées et mises à jour en octobre 2026.
Les bases
C'est quoi, le Bitcoin, en une phrase ?
Une monnaie numérique dont la quantité est plafonnée à 21 millions d'unités et qui fonctionne sans banque centrale ni intermédiaire : des milliers d'ordinateurs dans le monde tiennent ensemble un registre public de toutes les transactions.
Comment fonctionne le Bitcoin ?
Imaginez un grand livre de comptes public, recopié à l'identique sur des milliers d'ordinateurs dans le monde. Quatre types d'acteurs le font vivre :
- Les utilisateurs (particuliers, entreprises, plateformes) envoient et reçoivent des bitcoins depuis leur portefeuille, protégé par une clé secrète.
- Les nœuds, des dizaines de milliers d'ordinateurs, conservent une copie du registre et vérifient que chaque transaction respecte les règles : signature valide, pas de double dépense, pas de création de bitcoins au-delà du calendrier.
- Les mineurs regroupent les transactions en « blocs » toutes les dix minutes environ et les scellent par un calcul coûteux, ce qui rend le registre infalsifiable. Ils sont rémunérés en bitcoins.
- Les développeurs proposent des améliorations du logiciel, mais ne peuvent rien imposer : un changement n'entre en vigueur que si les nœuds l'adoptent.
Personne n'est indispensable et personne ne décide seul : c'est ce qui rend le système robuste.
Qui est le fondateur du Bitcoin ?
Une personne (ou un groupe) restée anonyme, sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, qui a publié le principe du Bitcoin en octobre 2008 et lancé le réseau en janvier 2009. En avril 2011, peu après que le développeur Gavin Andresen eut annoncé qu'il allait présenter Bitcoin à la CIA, Satoshi a envoyé un dernier message indiquant qu'il était « passé à autre chose ». Le Bitcoin était alors assez connu et adopté pour se passer de son créateur : ce retrait a confirmé sa décentralisation complète.
De nombreuses théories circulent concernant son identité, y compris celle de son décès. Concrètement, les quelque 1,1 million de bitcoins qui lui sont attribués, soit environ 80 milliards d'euros à la mi-octobre 2026, n'ont pas bougé depuis 2010. Ils sont généralement considérés comme perdus, ce qui renforce d'autant la rareté du Bitcoin.
Au fond, son nom importe peu : tout l'intérêt du Bitcoin est de ne reposer sur aucune personne ni entité unique.
Pourquoi 21 millions, et que se passera-t-il quand tout sera émis ?
Le plafond a été fixé dès le départ, et l'émission est divisée par deux tous les quatre ans environ (le « halving »). Plus de 95 % des bitcoins sont déjà en circulation ; le dernier sera émis vers 2140. Ensuite, les mineurs qui sécurisent le réseau seront rémunérés par les seuls frais de transaction.
Quel est le vrai nombre de bitcoins en circulation, hors bitcoins perdus à jamais ?
Très bonne question ! Un bitcoin est « perdu à jamais » lorsque la clé qui permet de le dépenser a disparu : clé égarée, ou détenteur décédé sans avoir transmis les moyens d'y accéder. Par conception, personne ne peut alors les récupérer : ni une entreprise, ni un État, ni un tribunal. C'est le revers de la protection contre le vol.
La société d'analyse Chainalysis estime qu'entre 2,8 et 3,8 millions de bitcoins sont perdus, soit 13 à 18 % des 21 millions. Sur environ 20,1 millions émis à ce jour, seuls 16,3 à 17,3 millions environ seraient donc réellement disponibles.
Ces pertes renforcent la rareté. Chaque année, environ 164 000 nouveaux bitcoins sont créés (0,8 % de l'offre en 2026), tandis qu'une partie, impossible à mesurer précisément, disparaît. L'inflation réelle du Bitcoin est donc inférieure à son inflation affichée, et pourrait devenir négative à mesure que l'émission diminue.
Comment une chose qui n'est adossée à rien peut-elle avoir de la valeur ?
Comme l'or ou l'euro, sa valeur vient de ce que des gens acceptent de l'échanger. Elle tient à ses propriétés : rare, impossible à imprimer, transférable partout, difficile à confisquer. L'euro non plus n'est plus adossé à l'or depuis 1971 ; il repose sur la confiance dans la banque centrale.
Comment va évoluer le prix du Bitcoin ?
Impossible à dire. Ses opposants le voient retomber à zéro, alors que ses partisans ne lui trouvent aucune limite. Concrètement, l'évolution de sa valeur dépendra de la poursuite (ou non) de l'adoption de cet actif. Indépendamment de son adoption, son inflation monétaire de long terme tend à rester inférieure à celle de l'euro, de l'ordre de 5 points par an. Il ne s'agit certes que du passé, mais l'inflation monétaire du Bitcoin est prévisible car contractuelle, alors que celle des banques centrales est imprévisible.
À titre d'information, le site Bitcoin Is Dead: Every Bitcoin Obituary Since 2010 recense l'ensemble des annonces publiques de la fin du Bitcoin : à date, elle a été annoncée 478 fois, de façon assez équitablement répartie entre 2010 et aujourd'hui.
Factuellement, la valeur donnée par le marché à l'ensemble des bitcoins est de 1 617 milliards de dollars, pour un prix unitaire de 80 435 dollars à la mi-octobre 2026.
Bitcoin, blockchain, cryptomonnaies : c'est la même chose ?
Non. La blockchain est la technique de registre partagé ; Bitcoin est le premier réseau à l'avoir utilisée. Les milliers d'autres « cryptomonnaies » reprennent l'idée avec des règles différentes, souvent avec un émetteur identifié, un contrôle centralisé, une offre modifiable et surtout une adoption massivement inférieure. SELOR₿ ne s'intéresse qu'au Bitcoin.
Dois-je comprendre parfaitement le Bitcoin pour en acheter ?
Non. Il n'est pas nécessaire de comprendre la mécanique et l'électronique d'une voiture pour la conduire. En revanche, quelques principes doivent être bien assimilés pour la conduire en toute maîtrise. Il en va de même pour le Bitcoin.
Ces principes essentiels, à connaître avant de faire entrer le Bitcoin dans votre patrimoine ou votre société, sont réunis dans deux pages : Comprendre l'essentiel du Bitcoin et Le Bitcoin dans la trésorerie d'entreprise.
En entreprise
Une entreprise a-t-elle le droit de détenir du Bitcoin ?
Oui. Rien n'interdit à une société française d'en détenir, à condition que la décision soit prise par l'organe compétent selon ses statuts et qu'elle soit cohérente avec son objet social. Deux vérifications préalables sont utiles : les statuts et pactes d'associés, qui peuvent encadrer les placements, et les contrats de financement, qui comportent souvent une liste de « placements autorisés ». En l'absence de contrainte sur ces deux points, l'investissement est possible dans le respect de la gouvernance de la société.
Quelle part de sa trésorerie y consacrer ?
Il n'y a pas de bon chiffre universel, et ce choix vous appartient. Le principe : uniquement de la trésorerie excédentaire et durable, jamais celle de l'exploitation, et une part dont une baisse de 80 % ne mettrait l'entreprise en difficulté ni sur son activité, ni sur ses ratios. Pour rappel, le Bitcoin présente de nombreuses caractéristiques d'un actif de réserve de long terme, mais il reste jeune et son adoption est toujours en cours, ce qui implique une volatilité potentiellement importante. Notre cas d'école détaille le raisonnement.
Comment le Bitcoin est-il comptabilisé dans les comptes d'une société française ?
Une société qui détient des bitcoins sans intention de les utiliser dans son activité les inscrit au compte 522 du plan comptable général. À la clôture, ils sont évalués à leur valeur de marché : la hausse latente n'est pas enregistrée en résultat, la baisse latente donne lieu à une provision. Le résultat de cession est constaté lors de la vente.
Ce cadre évolue : le règlement de l'Autorité des normes comptables n° 2026-01 refond le traitement des crypto-actifs pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027, avec application anticipée possible. Il confirme le compte 522 « crypto-actifs et assimilés détenus », l'évaluation à la valeur vénale à la clôture, le calcul des résultats de cession selon la méthode « premier entré, premier sorti » ou du coût moyen pondéré, et une information détaillée en annexe. Les modalités se calent avec l'expert-comptable avant le premier achat.
Une exposition indirecte est aussi possible via un produit coté. En Europe, les produits répliquant le Bitcoin sont des ETN ou ETP : des titres de créance émis par une société, et non des fonds (la réglementation européenne n'autorise pas un OPCVM à être investi intégralement en bitcoin). Ils se comptabilisent en valeurs mobilières de placement, au compte 506 « Obligations » ou 508 « Autres valeurs mobilières » selon l'analyse retenue avec l'expert-comptable : la moins-value latente est provisionnée, la plus-value latente n'est pas enregistrée.
Et dans des comptes en normes IFRS ou américaines ?
Les normes IFRS ne prévoient pas de norme spécifique. Selon l'analyse publiée par le comité d'interprétation de l'IASB en 2019, des bitcoins détenus pour compte propre relèvent en général des immobilisations incorporelles (IAS 38), au coût diminué des dépréciations, ou réévalués si un marché actif existe ; ils relèvent des stocks (IAS 2) pour une activité de négoce. En normes américaines, une norme de 2023 (ASU 2023-08) impose désormais l'évaluation à la juste valeur par le résultat.
Comment sont imposées les plus-values d'une société ?
Pour une société soumise à l'impôt sur les sociétés, le résultat de cession entre dans le résultat imposable de l'exercice et supporte le taux normal (25 %), ou le taux réduit de 15 % sur la première tranche de bénéfice pour les PME qui y sont éligibles. Le régime des particuliers ne s'applique pas. Le traitement fiscal des écarts constatés à la clôture et des provisions obéit à des règles propres : il se valide avec l'expert-comptable.
Pour ce qui est des plus-values latentes :
- Détention en direct : la pratique la plus répandue est de n'imposer le gain qu'à la cession. Le traitement fiscal des écarts d'évaluation et des provisions constatés à la clôture obéit toutefois à des règles propres, et la doctrine reste peu fournie : il se valide avec un fiscaliste avant le premier achat.
- ETN ou ETP : ce sont des titres de créance. Certains titres de créance à rémunération aléatoire peuvent relever d'un régime d'imposition annuelle spécifique (article 238 septies E du code général des impôts) : le régime applicable au produit choisi est à vérifier.
- Parts de fonds (OPC) exposés au Bitcoin : une société à l'impôt sur les sociétés peut être imposée chaque année sur l'écart de valeur liquidative de ses parts de fonds (article 209-0 A du code général des impôts).
Y a-t-il de la TVA sur l'achat ou la vente de bitcoins ?
Non. Depuis un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne de 2015 (affaire Hedqvist), l'échange de bitcoins contre des euros est exonéré de TVA, comme une opération sur devises. Les services facturés par un prestataire (conservation, conseil) restent en revanche soumis aux règles habituelles.
Que regardera le commissaire aux comptes ?
- L'existence et la propriété : relevés du prestataire au nom de la société, ou preuve de contrôle des adresses en conservation propre.
- L'évaluation : source de prix retenue à la date de clôture, cohérence de la méthode d'un exercice à l'autre.
- Le contrôle interne : séparation des pouvoirs, double validation des mouvements, rapprochements réguliers, procédure en cas de départ d'un signataire.
- Le prestataire : son agrément, ses rapports d'audit, les conditions de ségrégation des avoirs.
L'informer avant la première acquisition évite les difficultés à la clôture.
Comment choisir un prestataire pour une entreprise ?
Depuis le 1er juillet 2026, seuls les prestataires de services sur crypto-actifs agréés au titre du règlement européen MiCA peuvent exercer en France ; l'AMF en publie la liste. Au-delà de l'agrément, une grille écrite compare : la ségrégation des avoirs des clients, les garanties et assurances, les rapports d'audit indépendants, les comptes multi-utilisateurs avec double validation, les conditions et délais de restitution ainsi que la localisation des équipes et des données. SELOR₿ ne recommande aucun prestataire, mais vous enjoint à ne considérer que ceux qui figurent sur la liste blanche de l'AMF.
Comment une entreprise sécurise-t-elle ses bitcoins ?
Deux voies, éventuellement combinées : un prestataire agréé, sur un compte au nom de la société avec double validation des mouvements ; ou une conservation en multisignature, où plusieurs clés réparties entre dirigeants, lieux ou tiers de confiance sont nécessaires pour déplacer les fonds. Dans les deux cas, la règle est la même qu'en trésorerie classique : aucune personne seule ne peut initier et valider un mouvement, et une procédure écrite prévoit le départ ou l'indisponibilité d'un signataire.
Comment en informer sa banque et ses associés ?
Les banques appliquent des obligations de lutte contre le blanchiment : un virement vers un prestataire de crypto-actifs peut susciter des questions. Les prévenir, en présentant la politique adoptée et le prestataire agréé retenu, évite les blocages. Côté associés, la décision et la politique figurent au procès-verbal de l'organe compétent, et le rapport de gestion en rend compte chaque année.
Que se passe-t-il dans les comptes en cas de forte baisse ?
Une provision est constatée à la clôture pour la baisse latente : elle réduit le résultat de l'exercice et les capitaux propres, sans effet direct sur la trésorerie tant que rien n'est vendu. Une moins-value effectivement réalisée à la cession vient en déduction du résultat imposable ; le traitement fiscal de la provision elle-même se valide avec l'expert-comptable. Une politique bien conçue a prévu ce scénario de baisse : le plafond a été fixé pour que l'impact reste supportable, et les motifs de cession ont été définis à l'avance pour ne pas vendre dans l'urgence, au plus bas, sous le coup des émotions.
Détenir du Bitcoin pèse-t-il sur le bilan carbone et le reporting de durabilité de l'entreprise ?
Détenir des bitcoins ne consomme pas d'électricité en soi : c'est le minage, qui sécurise le réseau, qui en consomme (voir nos estimations). Il n'existe pas aujourd'hui de méthode de référence pour attribuer une part de ces émissions à un détenteur, et les approches proposées (au prorata des bitcoins détenus, ou des transactions effectuées) aboutissent à des résultats très différents.
Pour une entreprise soumise au reporting de durabilité (CSRD), la question se traite comme pour tout placement financier : la politique de trésorerie documente le choix, la méthode d'estimation retenue et ses limites, et l'information est validée avec le responsable RSE et l'auditeur de durabilité. Le règlement MiCA impose par ailleurs aux prestataires agréés de publier des indicateurs d'impact environnemental pour les crypto-actifs qu'ils proposent : c'est une source à demander.
La question sera posée par les associés, les banques et parfois les clients : mieux vaut l'avoir instruite avant la décision.
Mon entreprise peut-elle accepter des paiements en Bitcoin ?
Oui. Des prestataires spécialisés encaissent pour vous et peuvent convertir immédiatement en euros, ce qui supprime le risque de change. La facture reste établie en euros, et l'opération se comptabilise comme un encaissement classique.
Sources : AMF, fin de la période transitoire · règlement ANC n° 2026-01 (synthèse). Réponses générales, à valider avec vos conseils.
Risques et sécurité
Est-ce que je peux tout perdre ?
Oui, une partie importante en tout cas. Le Bitcoin a déjà perdu plus de 70 % de sa valeur à plusieurs reprises (2011, 2014, 2018, 2022) avant de remonter, sans garantie qu'il le fasse à nouveau. Règle de bon sens : n'y placer que des sommes dont on peut se passer durablement.
Le réseau Bitcoin peut-il être piraté ?
Le réseau lui-même n'a jamais été compromis de façon durable depuis 2009. Les piratages dont on entend parler visent des plateformes d'échange ou des portefeuilles mal protégés, pas le protocole. Le maillon faible est presque toujours humain : mot de passe, phrase de récupération, arnaque.
La montée en puissance de l'IA menace-t-elle la sécurité des bitcoins ?
Oui et non. Oui, car des agents d'IA de plus en plus puissants détectent régulièrement des failles dans les logiciels et services construits autour du Bitcoin (applications, plateformes, portefeuilles), et rendent les arnaques plus crédibles : faux conseillers, voix ou visages imités.
Non, car le réseau Bitcoin lui-même n'est pas directement menacé : les puces conçues pour l'IA sont bien moins efficaces que les machines spécialisées pour miner, et ne peuvent pas prendre le contrôle du réseau. Sauf rupture majeure inconnue à ce jour, son fonctionnement n'est donc pas menacé par l'IA.
L'enjeu de sécurité se situe aujourd'hui dans la manière de conserver ses bitcoins. Il est essentiel de traiter sérieusement la sécurité informatique, la résistance à la manipulation (l'« ingénierie sociale »), la sécurité physique et les conséquences fiscales propres à chaque mode de détention, afin de prendre les bonnes décisions. C'est notamment l'objet de nos pages Le Bitcoin dans la trésorerie d'entreprise et Le Bitcoin dans un patrimoine.
J'entends que les ordinateurs quantiques pourraient détruire le Bitcoin. Qu'en est-il ?
Le risque est réel mais lointain, et il ne concerne pas que le Bitcoin. Les chercheurs estiment qu'il faudrait de l'ordre d'un million de qubits stables pour casser en une semaine le chiffrement RSA qui protège banques, assurances, cartes bancaires et une grande partie d'internet, et plus de dix millions pour casser en une journée la signature utilisée par le Bitcoin (soit dix fois plus). Les machines les plus avancées en comptent aujourd'hui de l'ordre de quelques centaines à un millier, encore très instables. L'ensemble de l'économie numérique devra donc migrer, et le Bitcoin avec elle.
Pour le Bitcoin, la menace ne porterait pas sur le réseau lui-même, mais sur les bitcoins dont la clé publique est déjà visible, en particulier les plus anciens. C'est le cas d'environ 1,7 million de bitcoins datant des premières années, dont ceux attribués à Satoshi Nakamoto (environ 1,1 million, soit près de 80 milliards d'euros à la mi-octobre 2026). Les adresses modernes qui n'ont jamais servi à dépenser ne révèlent pas leur clé publique et sont nettement mieux protégées, sans être encore officiellement « résistantes au quantique ».
Le risque, si rien ne changeait d'ici là, serait que des bitcoins considérés comme perdus soient « récupérés » grâce à une puissance de calcul massive. Pour ces 1,7 million de bitcoins, cela représenterait une hausse d'environ 8 % de la quantité en circulation, soit l'équivalent d'un an et demi de création monétaire de l'euro (5,3 % par an en moyenne depuis 1999).
L'écosystème y travaille activement : des propositions d'évolution du protocole sont en discussion pour introduire des adresses résistantes au quantique (proposition BIP-360) et pour protéger, ou à terme neutraliser, les anciens portefeuilles vulnérables (proposition BIP-361).
Que se passe-t-il si je perds mes clés ou ma phrase de récupération ?
Les bitcoins sont perdus, définitivement : aucun service client ne peut les récupérer. C'est le revers de l'absence d'intermédiaire. D'où l'importance d'une sauvegarde soignée, en plusieurs exemplaires et en lieu sûr, et d'une organisation pensée à l'avance. Une détention indirecte, via une plateforme ou via un fonds coté (on parle de tracker, ou d'ETF par abus de langage), permet de ne pas s'exposer directement à ce risque de perte, au prix d'une partie des attributs du Bitcoin : la détention souveraine est perdue avec la plateforme comme avec l'ETF, et l'ETF ne permet pas de vendre en dehors des horaires de marché.
Et si la plateforme où j'ai acheté fait faillite ?
Vos bitcoins peuvent être bloqués, voire perdus : c'est arrivé avec Mt. Gox en 2014 et FTX en 2022. Le cadre européen MiCA impose désormais aux prestataires agréés de séparer les avoirs de leurs clients des leurs, ce qui réduit le risque sans le supprimer. Transférer ses bitcoins sur son propre portefeuille l'élimine.
Un État peut-il interdire le Bitcoin ?
Un État peut en interdire l'achat ou l'usage sur son territoire, comme l'a fait la Chine. Il ne peut pas arrêter le réseau, qui fonctionne dans le monde entier. En France et dans l'Union européenne, la tendance est inverse : le Bitcoin est encadré, pas interdit.
Idées reçues
Le Bitcoin, ça ne sert pas surtout aux criminels ?
Non. Selon la société d'analyse Chainalysis, moins de 1 % des transactions en cryptoactifs sont liées à des activités illicites ces dernières années. Surtout, toutes les transactions Bitcoin sont publiques et traçables à vie, ce que les enquêteurs savent très bien exploiter. D'autres actifs numériques offrant des propriétés d'anonymat absolu sont davantage concernés par cet enjeu ; malheureusement, l'amalgame entre cryptomonnaies et Bitcoin est encore souvent fait. Par ailleurs, l'or et les espèces présentent un plus grand intérêt que le Bitcoin pour les activités criminelles, car ils ne permettent pas la traçabilité des transactions.
N'est-ce pas une bulle, voire une pyramide de Ponzi ?
Le prix connaît des bulles, c'est certain : il a plusieurs fois été multiplié puis divisé. Mais ce n'est pas une pyramide de Ponzi : il n'y a ni promoteur central, ni rendement promis, ni argent des nouveaux venus reversé aux anciens. Chacun détient un actif dont il est seul responsable. C'est le marché, décentralisé, qui lui donne sa valeur.
Est-il trop tard pour s'y intéresser ?
Personne ne connaît le prix futur, et quiconque prétend le savoir vous vend quelque chose. La bonne question n'est pas « est-ce trop tard ? » mais « quel rôle pourrait-il jouer dans mon entreprise, dans mon patrimoine, sur quelle durée et dans quelle proportion ? ». Comprendre avant d'acheter n'est jamais trop tard.
Pourquoi le Bitcoin plutôt qu'une autre cryptomonnaie ?
C'est le plus ancien, le plus décentralisé et le plus liquide, avec une politique monétaire qui n'a jamais changé. La plupart des autres projets ont une équipe ou une fondation qui peut en modifier les règles, et beaucoup ont disparu. Pour une réserve de valeur, cette stabilité des règles compte plus que la nouveauté.
Minage et énergie
Qu'est-ce qu'un « mineur » de Bitcoin ?
Un mineur est un opérateur qui fait tourner des ordinateurs spécialisés pour sécuriser le réseau. Environ toutes les dix minutes, ces machines regroupent les dernières transactions en un « bloc » et cherchent, par essais successifs, la solution d'un calcul très difficile. Le premier qui la trouve ajoute le bloc au registre et reçoit une récompense en bitcoins nouvellement créés, plus les frais payés par les utilisateurs.
Ce travail coûteux en électricité est ce qui rend le registre infalsifiable : pour modifier le passé, il faudrait refaire tous ces calculs plus vite que l'ensemble des mineurs honnêtes réunis.
Comment le nombre de bitcoins créés dans le temps peut-il être contrôlé tout en dépendant des « mineurs » en activité ?
C'est toute l'ingéniosité du mécanisme d'ajustement du réseau. Le système est sécurisé par la puissance de calcul combinée des mineurs, qui sont incités à résoudre le prochain calcul pour obtenir la récompense attachée à chaque bloc : 3,125 bitcoins depuis le halving d'avril 2024.
Tous les 2 016 blocs, soit environ toutes les deux semaines, le réseau ajuste automatiquement la difficulté du calcul pour qu'un bloc soit trouvé en moyenne toutes les dix minutes. Si des mineurs arrivent, la difficulté monte ; s'ils partent, elle baisse. Quel que soit le nombre de mineurs et la puissance totale engagée, la création de bitcoins reste donc stable et prévisible, tout en préservant à long terme l'équilibre économique du minage pour les acteurs les plus performants.
Le minage en France est-il rentable ?
A priori non, mais tout dépend de vos conditions d'accès à l'électricité. Le réseau Bitcoin est mondial : il n'existe pas de marché du minage propre à la France, et vous êtes en concurrence avec les mineurs du monde entier.
Pour être rentable, il faut « produire » des bitcoins à un coût total inférieur à leur prix de vente sur les marchés. Cela suppose avant tout un accès à une électricité parmi les moins chères au monde, et des machines de minage récentes (des ordinateurs spécialisés appelés « ASIC ») offrant la meilleure puissance de calcul pour chaque watt consommé. Avec des tarifs d'électricité habituels pour un particulier ou une entreprise en France, ces conditions sont rarement réunies.
Quel est le niveau total de consommation électrique du Bitcoin dans le monde ?
Environ 175 à 190 térawattheures par an selon les estimations de l'université de Cambridge pour 2025, soit une puissance moyenne d'environ 20 gigawatts : l'équivalent d'une vingtaine de réacteurs nucléaires tournant à plein régime. Cela représente de l'ordre d'un demi-pour cent de l'électricité consommée dans le monde.
C'est beaucoup, et c'est le prix de la sécurité du réseau. Mais cette consommation se déplace là où l'électricité est la moins chère et souvent la moins utilisée : énergie hydraulique, éolienne ou solaire excédentaire, gaz qui serait autrement brûlé à la torche.
Quel est l'impact du Bitcoin sur les énergies renouvelables ?
Il peut jouer un rôle de « tampon ». La production éolienne et solaire varie avec le vent et le soleil : les mineurs peuvent absorber les surplus quand la production dépasse la demande, ce qui aide à rentabiliser de nouvelles installations, puis s'arrêter presque instantanément quand le réseau électrique manque de courant.
Le Texas en est l'exemple le plus connu : des mineurs y ont signé des contrats d'effacement avec le gestionnaire du réseau. Lors de la canicule d'août 2023, l'un d'eux, Riot Platforms, a réduit sa consommation aux heures de pointe et reçu environ 31,7 millions de dollars de crédits d'électricité, libérant de la puissance pour les ménages.
Les datacenters vont-ils remplacer le minage ? Le Bitcoin va-t-il disparaître ?
La course à la puissance de calcul des entreprises d'IA crée une très forte demande de datacenters. Portées par des flux massifs de capitaux, certaines sociétés de minage transforment une partie de leurs sites en datacenters d'IA : les ordinateurs sont différents, mais ces sites disposent déjà de ce qui manque le plus, à savoir un raccordement électrique de forte puissance, de l'espace et des installations adaptées.
Ce mouvement a toutefois ses limites, et des éléments de soutien au réseau Bitcoin sont à rappeler :
- Les sites de minage peuvent utiliser des énergies « fatales », c'est-à-dire perdues autrement (gaz brûlé à la torche sur des sites pétroliers, surplus renouvelables), et être débranchés à tout instant pour stabiliser un réseau électrique. Des serveurs d'IA, eux, doivent rester allumés en permanence.
- Même si la puissance électrique consacrée au minage baissait durablement, la baisse serait au moins en partie compensée par le progrès des machines, qui offrent toujours plus de puissance de calcul par watt consommé.
- Surtout, l'ajustement automatique de la difficulté toutes les deux semaines garantit le rythme d'émission prévu et maintient dans la durée l'équilibre entre le besoin de sécurité du réseau et la puissance que les mineurs y consacrent.
Aujourd'hui, le minage qui sécurise le réseau Bitcoin mobilise une puissance d'environ 20 gigawatts, l'équivalent d'une vingtaine de réacteurs nucléaires à plein régime. Rien n'indique une disparition du Bitcoin liée à l'essor de l'IA.
Acheter, détenir et payer
Faut-il acheter un bitcoin entier ?
Non. Un bitcoin se divise en 100 millions d'unités, les « satoshis ». On peut en acheter pour quelques euros. Le prix d'un bitcoin entier n'a donc aucune importance pour décider d'en détenir. La plus petite unité du Bitcoin (le satoshi) a une valeur de 0,00072 € à la mi-octobre 2026.
Comment en acheter en France sans se faire avoir ?
Passez par un prestataire agréé au titre du règlement européen MiCA, dont la liste est publiée par l'Autorité des marchés financiers (AMF). Méfiez-vous de toute offre qui promet un rendement, vous contacte spontanément ou vous presse : c'est la signature des arnaques.
Quels sont les différents moyens de détenir du Bitcoin ?
Il en existe trois principaux, et chacun présente des intérêts, des responsabilités et des risques différents, en matière de protection des avoirs, de sécurité personnelle, de comptabilité et de fiscalité :
- L'auto-conservation sur un portefeuille matériel (un petit boîtier dédié, ou « hardware wallet ») : vous êtes seul maître de vos bitcoins, sans intermédiaire, mais aussi seul responsable de leur sauvegarde et de leur transmission.
- La détention sur une plateforme agréée : simple d'usage, mais vous dépendez de la solidité de la plateforme. Celle-ci conserve les avoirs soit en ligne (« hot storage », pratique pour les opérations courantes), soit hors ligne (« cold storage », plus sûr).
- Les fonds indiciels cotés (ETF, ou ETN en Europe) : vous détenez un titre financier qui suit le cours du Bitcoin, via votre banque ou votre courtier, sans manipuler de bitcoins. Simple et familier, mais vous ne détenez pas directement l'actif.
Pour information, on peut aussi s'exposer au Bitcoin en achetant des actions de sociétés qui en accumulent dans leur trésorerie (les « Bitcoin treasury companies »), ou des produits structurés à effet de levier. Il s'agit alors davantage de spéculation sur un titre que de détention de bitcoins.
Comment transmettre ses bitcoins à ses héritiers ?
En le préparant de son vivant : inventaire des avoirs, mode d'accès documenté et conservé en lieu sûr (notaire, coffre), éventuellement solution à plusieurs signatures. Sans cela, les bitcoins sont perdus pour la famille. Fiscalement, ils entrent dans la succession comme n'importe quel autre bien.
Puis-je effectuer des paiements avec le Bitcoin ?
Techniquement oui, mais trois éléments freinent aujourd'hui son usage au quotidien :
- La capacité du réseau : le registre principal traite environ 7 transactions par seconde dans le monde, ce qui est très insuffisant pour des paiements de masse. Cette limite est surtout théorique : des réseaux complémentaires, comme le Lightning Network, développés depuis plusieurs années et toujours en cours d'amélioration, permettent déjà des millions de paiements rapides, sécurisés et quasi gratuits (moins onéreux que les réseaux de paiement classiques).
- La fiscalité, frein le plus important : en France, payer un produit ou un service en bitcoins revient à vendre ses bitcoins, et chaque paiement entre dans le calcul de la plus-value ou moins-value à déclarer (au-delà de 305 € de cessions par an). Cette contrainte très lourde pousse à revendre ses bitcoins en une fois contre des euros, puis à payer par les moyens habituels.
- L'offre des commerçants, conséquence en grande partie de la fiscalité : peu de commerçants proposent le paiement en bitcoins.
L'enjeu principal serait l'adoption d'une exonération des petits montants (dite « de minimis ») : les paiements en bitcoins inférieurs à un certain seuil échapperaient au régime des plus-values, ce qui permettrait d'intégrer le Bitcoin plus profondément dans le commerce. Des propositions existent, notamment aux États-Unis, mais aucune n'est en vigueur en France. Le sujet est politiquement et économiquement sensible, car il touche aux intérêts des banques et de l'industrie des paiements.
En l'état, le Bitcoin se conçoit donc surtout comme une réserve de valeur, à l'image de l'or, plutôt que comme un moyen de paiement, ce qu'il pourrait aussi devenir avec le temps si les politiques publiques y deviennent favorables.
Fiscalité et cadre légal
Est-ce légal de détenir du Bitcoin en France ?
Oui, parfaitement. Les prestataires sont encadrés par le règlement européen MiCA et supervisés en France par l'AMF. La détention, l'achat et la vente sont libres ; seules les obligations déclaratives et fiscales s'appliquent.
Comment sont imposés mes gains en tant que particulier ?
Seules les ventes contre des euros (ou l'achat d'un bien avec des bitcoins) sont imposables : un échange contre une autre cryptomonnaie ne l'est pas (évolution possible avec la loi de finances présentée en octobre 2026). La plus-value est soumise au prélèvement forfaitaire unique, ou au barème de l'impôt sur option, et l'on est exonéré si le total des cessions de l'année ne dépasse pas 305 €. Les taux évoluent : vérifiez ceux de l'année en cours.
Dois-je déclarer un compte ouvert sur une plateforme étrangère ?
Oui, chaque année, avec votre déclaration de revenus (formulaire 3916-bis), même si vous n'avez rien vendu. L'oubli est sanctionné par une amende par compte non déclaré. Un portefeuille matériel que vous détenez vous-même n'est pas concerné.
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